Alcaraz ou la joie du jeu
Il faut le voir jouer en vrai pour ressentir pleinement, Carlos Alcaraz.
Sentir qu’il n’est pas, ou pas seulement, le joueur souvent décrit dans les médias. Bien sûr, il illumine sa discipline par son talent, ses exploits. Son sourire lui vaut aussi de se mettre une grande partie du public dans la poche d’un stade à l’autre. Car Carlos virevolte, raquette en main.
Ses duels avec Jannik Sinner font déjà partie de l’histoire du tennis. Le solaire Espagnol face à la neige impassible des Dolomites. Le nouveau yin et yang, d’autant plus enthousiasmant que les deux joueurs font toujours preuve d’un immense respect l’un envers l’autre, à l’image de cette nouvelle accolade presque fraternelle à l’issue de la finale de Monte-Carlo la semaine passée.
Pourquoi lui ? Le destin ? Le talent ? Un environnement propice à faire grandir le potentiel qu’il montrait dès son plus jeune âge ? Sûrement un peu de tout cela.
Mais quelque chose saute aux yeux chez lui, disséqué maintes fois, donc pas une surprise : la joie du jeu.
Fermez les yeux quelques minutes, soufflez, observez ; quand Carlos Alcaraz rentre sur un court, quelque chose chez lui s’est déjà approprié le lieu. Bien sûr, il y a l’envie de performance, l’adrénaline d’avant-match, mais ce qui frappe, c’est sa présence, comme une sensation de hâte de jouer presque enfantine.
Carlos Alcaraz, c’est la joie du jeu ; c’est la joie de savoir rester soi, malgré la pression et les doutes. C’est aussi accepter son émotivité. C’est justement ce qui donne ses couleurs et sa personnalité à son tennis si solaire et si créatif. Il réussit aussi parce qu’il ne renonce pas à ce qu’il est pour pouvoir atteindre les sommets. Cela fait partie de l’apprentissage.
Trop souvent, l’exigence de performance demande aux joueurs de rentrer dans des cases et de renoncer à certains pans d’eux-mêmes pour se créer un chemin et affronter ce monde de défis si difficiles. Or, cette renonciation peut également se retourner contre nous lors de moments importants, alors que nous avons, au contraire, pleinement besoin d’être soutenus par notre mental.
C’est d’abord en acceptant nos forces, nos qualités et nos défauts, puis en les intégrant pleinement dans notre pratique du tennis que celui-ci nous ressemblera, devenant plus personnel, expressif et donc plus intéressant.
Et dans ces moments-là, nous pourrons également toucher l’une des vérités de Carlos Alcaraz : la joie du jeu et de l’instant.
Illustration créée avec Gemini