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Arthur Fils, Objectif terre

L’air faussement nonchalant lors de ses entrées sur le court, Arthur Fils électrise déjà. Écouteurs vissés aux oreilles, yeux clos, hochement de tête marquant le tempo d’une musique que lui seul entend. On l’imagine puissante, lourde, à l’image du jeu qu’on lui connaît — un jeu qui, depuis ce début de saison, semble avoir pris une épaisseur supplémentaire. Passée une courte inquiétude lors du tournoi de Dubaï et le choix de ne pas participer au Masters de Monte-Carlo pour se concentrer sur les défis à venir de cette saison sur terre, il semble revenir conquérant à Barcelone. Signe de sa détermination assumée en vue de Roland-Garros ?

Blessure et battement d’aile d’un papillon

Blessé au dos lors d’un match épique et sous tension face à Jaume Munar à Roland-Garros en mai 2025, il avait tenu jusqu’au bout malgré la douleur visible, avant de renoncer à son tournoi à contrecœur. Éloigné des courts depuis lors, il fait son retour à Montpellier, où il se hisse en quart de finale, battu par Félix Auger-Aliassime — contre lequel il prendra sa revanche en huitième de finale à Indian Wells.

Amaigri, mais plus sculpté et véloce, il a visiblement profité de cette pause forcée pour redéfinir son jeu et ses ambitions, parfaitement incarnées par l’équipe solide et soudée qui l’entoure aujourd’hui : aux côtés de son père et de son coach Ivan Cinkus, les présences remarquées de Lapo Becherini, préparateur physique ayant collaboré avec la Mouratoglou Academy et Holger Rune, et de Goran Ivanišević, vu lors de l’Open de Doha et avec lequel il a confirmé sa collaboration pour cette saison, envoient un signal clair. La transformation est en marche : Arthur Fils vise haut et fort.

2026 sous de bons auspices

Les premiers signes de ce travail sont plus que prometteurs. Quart de finaliste à Montpellier, finaliste à Doha face à Carlos Alcaraz, il retrouve Jiří Lehečka en demi-finale à Miami — qu’il aurait dû affronter quelques semaines plus tôt à Dubaï si une douleur à la hanche ne l’avait pas contraint à annuler sa participation.

Avant d’affronter le Tchèque, ses prestations face à Stefanos Tsitsipas, Valentin Vacherot et Tommy Paul séduisent. Puissance de jeu, solidité des appuis et des retours tranchants : il sauve quatre balles de match contre l’Américain au tie-break du troisième set. Ce duel électrique entre deux joueurs aux styles intenses et contrastés marque les esprits et s’impose comme l’un des temps forts du tournoi.

Le mur Lehečka

Peut-être que la fatigue a fini par peser. Lui s’est plaint à son clan de la lenteur de ses balles. On le sait, Jiří Lehečka est un adversaire redoutable. Solide, service impeccable, agressif, montant au filet et imposant sa pression grâce à une prise de balle précoce, le Tchèque au caractère trempé n’a pas flanché lors de cette demi-finale, couvrant largement son terrain et en domination constante : il a imposé son rythme.

Arthur Fils laisse apparaître quelques signes de tension, contrastant avec la solidité mentale affichée lors des tours précédents. C’est l’une des forces de Lehečka que de susciter une forme de tension par sa présence continue. Logiquement, il s’impose 6-2, 6-2.

Si Arthur Fils s’est incliné cette fois-ci, cette défaite laisse place à l’excitation de ces premiers résultats visibles et d’un travail mental évident, au service d’une puissance qui ne devrait pas tarder à exploser. Et ses prestations à Barcelone semblent confirmer notre intuition.

Photo : Juarez Santos/Shutterstock

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